Parmi les dimensions de l'oral, celle du rythme constitue une composante fondamentale de l'activité langagière (Dessons & Meschonnic, 2003), tout en demeurant paradoxalement peu explicitée et enseignée en didactique du FLE (Aubin, 2022). Néanmoins, il est impossible de faire l'impasse sur le rythme dès lors que l'on souhaite s'approcher des usages réels du français parlé. Malgré cela, lorsqu'il est abordé, le rythme est le plus souvent assimilé à la musicalité de la langue et à la métrique, fondés sur des principes de régularité, d'ordre et d'harmonie. Cette conception dominante, héritée depuis « l'ordre dans le mouvement » de Platon, renvoie à un rythme idéalisé indexé sur de l'écrit oralisé, et constitue un obstacle épistémologique majeur en ce qui concerne celui du langage, imprévisible. Appliqué à la didactique du FLE, ce modèle tend à privilégier des schémas abstraits où sont censés correspondre groupes rythmiques, syntaxiques et sémantiques (Billières, 2014), difficilement transférables en situation de parole authentique, y compris par les natifs. Cette communication interroge dès lors un double enjeu : quel rythme proposer en classe de FLE, et comment l'enseigner ? S'inscrivant dans une perspective épistémologique, linguistique et didactique du rythme, cette contribution propose de le repenser non comme une alternance sonore régulière de temps forts et faibles, mais comme l'organisation du mouvement du discours. Notre point de départ s'appuie sur la contrainte transversale de l'accent final de groupe, caractéristique prosodique prioritaire du français parlé (Wioland, Pagel, & Madeleni, 2012), quel que soit les variabilités. En classe de FLE, ce repère à la fois stable et flexible selon les contextes discursifs et les locuteurs, permet de segmenter l'énoncé en coconstruction et de favoriser la compréhensibilité, sans enfermer l'apprenant dans un modèle normatif figé et préétabli. À partir de résultats issus de deux études empiriques, comprenant chacune 8 étudiants italophones en contexte hétéroglotte à Rome (Sapienza et Roma Tre), nous montrerons comment il est possible d'envisager autrement le rythme et son appropriation. Nous présenterons la méthodologie employée et les dispositifs expérimentés lors des tests de passation (pré- et -post), privilégiant la parole spontanée, et comparant à chaque fois les productions à 4 étudiants francophones de l'Unîmes. Nous aborderons l'architecture des 8 ateliers de remédiation basés sur la corporéisation et la proprioception de l'accentuation à travers plusieurs modes d'intervention. À partir d'une analyse multimodale superposée croisant plusieurs indicateurs - notamment la coordination entre l'accentuation finale de groupe, l'apex des gestes co-verbaux et le découpage morphosyntaxique - les résultats mettent en évidence une amélioration de la stabilité de la segmentation rythmique, une diminution des disfluences sur les syllabes accentuées ainsi qu'une synchronisation geste-prosodie plus congruente. Les évaluations de la compréhensibilité étant actuellement en cours. Ainsi, loin d'un modèle inatteignable, cette contribution vise à ouvrir des pistes didactiques pour penser une notion de rythme située et dynamique. Enseignement incontournable et nécessaire de l'oral en FLE, celui-ci doit se fonder sur l'analyse de la parole en contexte écologique et augmenter l'engagement du corps-apprenant (Lapaire, 2022), qui invente et s'invente dans et par le rythme du discours.
Mots-clés : rythme ; français parlé ; multimodalité ; corps ; apprenant